Le Tonja : concilier production alimentaire et restauration des forêts en Côte d’Ivoire

Une approche communautaire qui permet aux femmes et aux jeunes de cultiver des denrées alimentaires tout en contribuant à la restauration des forêts dégradées

La valeur ajoutée de cet article

Survolez pour en savoir plus

Valeur ajoutée pour les lecteurs

  • Comment le système Tonja permet aux femmes et aux jeunes d’accéder à des terres tout en contribuant à la restauration des forêts dégradées.
  • Pourquoi des approches intégrées de gestion des terres peuvent soutenir à la fois la sécurité alimentaire et la régénération des écosystèmes.
Delphine Api, membre de l’association des femmes de l’ONG AYA, lors de la plantation de manioc dans la forêt classée de Hein dans le cadre de l’initiative Tonja ⎮ Visual: © GIZ

Dans de nombreuses zones rurales de Côte d’Ivoire, l’accès aux terres cultivables devient de plus en plus limité. Parallèlement, la pression sur les forêts continue d’augmenter à mesure que les communautés cherchent des espaces pour leurs activités agricoles.

Le système Tonja propose une réponse concrète à ces deux défis. Mis en œuvre en collaboration avec les communautés locales et les autorités forestières, ce dispositif permet à des groupements de femmes et de jeunes de cultiver des cultures vivrières à cycle court dans des zones forestières dégradées, tout en contribuant à la restauration du couvert forestier.

Produire des denrées alimentaires tout en restaurant les forêts

Dans le cadre du système Tonja, des espaces dégradés situés dans les forêts classées sont temporairement attribués à des groupements organisés de femmes et de jeunes. Ces groupes y cultivent des cultures telles que le manioc, la banane ou encore des légumes, en association avec la plantation d’arbres forestiers.

Les cultures vivrières assurent des revenus et une production alimentaire à court terme, tandis que les arbres forestiers permettent progressivement la régénération du couvert forestier.

Après quelques années — généralement entre trois et cinq ans — lorsque les arbres ont atteint un niveau de développement suffisant, les activités agricoles prennent fin afin de laisser place à la croissance de la forêt.

Un dispositif encadré et supervisé

L’utilisation de ces terres est encadrée par la structure nationale en charge de la gestion des forêts. Les groupements bénéficiaires s’engagent à respecter un cahier des charges précisant les conditions d’exploitation et les responsabilités de chaque partie.

Lorsque les engagements sont respectés et que les activités sont menées avec succès, les associations peuvent se voir attribuer de nouvelles zones dégradées afin de poursuivre l’initiative.

Ce cadre permet d’assurer que l’approche contribue à la fois à la restauration des forêts et à une utilisation durable des terres.

Renforcer la sécurité alimentaire des ménages ruraux

Grâce au projet ProAgriChains, des groupements de femmes et de jeunes dans la région d’Adzopé, au sud-est de la Côte d’Ivoire, ont pu accéder à des terres pour cultiver des denrées de première nécessité telles que le manioc, la banane ou les légumes.

Pour de nombreux ménages, ces cultures représentent une source essentielle d’alimentation et parfois un complément de revenus.

Dans un contexte marqué par la rareté des terres cultivables et la pression croissante sur les forêts classées, le système Tonja montre qu’il est possible d’articuler production agricole et restauration des écosystèmes forestiers.

Ce que cela signifie pour la pratique du développement

L’expérience du Tonja met en évidence le potentiel d’approches intégrées de gestion des terres.

Plutôt que d’opposer production agricole et conservation des forêts, ce système les combine grâce à des mécanismes d’utilisation temporaire des terres soigneusement encadrés.

Pour les acteurs du développement, cette expérience souligne l’intérêt d’approches qui associent soutien aux moyens de subsistance à court terme et restauration environnementale à long terme, tout en impliquant activement les communautés locales dans la gestion des ressources naturelles.

Contacts

  • Fabienne Touré — Experte Suivi-Évaluation
  • Johanes Agbahey — Responsable du projet Pro-Planteurs