Revenu décent dans la cacaoculture : pourquoi une solution unique ne suffit pas
L’expérience en Côte d’Ivoire montre que l’amélioration des moyens de subsistance des producteurs nécessite des approches différenciées et flexibles

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- Pourquoi l’augmentation des prix du cacao ne suffit pas, à elle seule, à garantir un revenu décent aux producteurs.
- Comment des approches d’accompagnement différenciées peuvent mieux répondre à la diversité des ménages producteurs.
Brou Affoué, productrice de cacao et membre de la coopérative COVIMA dans le centre de la Côte d’Ivoire.⎮ Visual: © GIZ
Dans les communautés cacaoyères de Côte d’Ivoire, la notion de revenu décent n’est pas un concept abstrait du développement. Elle signifie pouvoir payer la scolarité des enfants, faire face à une maladie sans s’endetter et traverser une mauvaise campagne sans basculer dans la précarité.
Ces dernières années, la hausse des prix internationaux du cacao a suscité l’espoir que l’augmentation des prix au producteur pourrait améliorer les conditions de vie des producteurs. Pourtant, la réalité sur le terrain s’avère plus complexe. Les retards dans la transmission des prix, la contraction de la demande et les difficultés de commercialisation ont rappelé une évidence : le prix du cacao à lui seul ne peut pas garantir un revenu décent aux producteurs.
Après plus de dix années d’expérience, le projet Pro-Planteurs en Côte d’Ivoire met en évidence une leçon importante : l’atteinte d’un revenu décent ne peut pas reposer sur un seul levier.
Un secteur intrinsèquement instable
La production de cacao est influencée par de nombreux facteurs que les producteurs ne maîtrisent pas totalement. Les rendements varient selon l’âge des vergers, la présence de maladies ou encore les conditions climatiques. Parallèlement, les coûts de production continuent d’augmenter.
Dans ce contexte, les mesures d’appui fondées sur des hypothèses uniformes concernant la situation des producteurs montrent rapidement leurs limites. Ce qui fonctionne pour un producteur ne fonctionne pas nécessairement pour un autre.
Reconnaître la diversité des ménages producteurs
Un autre enseignement clé concerne la diversité des ménages producteurs de cacao. Les producteurs diffèrent fortement en termes de taille des exploitations, d’équipement disponible, d’accès aux marchés, de dynamiques de genre au sein des ménages ou encore d’opportunités de diversification des revenus.
Considérer les producteurs comme un groupe homogène conduit souvent à des mesures d’accompagnement peu adaptées à leurs réalités.
Pour répondre à cette diversité, le projet Pro-Planteurs a progressivement adopté une approche différenciée, combinant plusieurs leviers selon la situation de départ de chaque ménage. Ces leviers incluent l’amélioration de la productivité des exploitations, la diversification des sources de revenus et le renforcement des capacités de gestion financière et organisationnelle.
Des progrès progressifs vers plus de résilience
L’expérience de Brou Affoué, productrice de cacao dans le sud de la Côte d’Ivoire, illustre cette approche. Exploitant un hectare de cacao et cheffe d’un ménage comprenant plusieurs petits-enfants, elle est confrontée aux mêmes incertitudes que de nombreux producteurs.
Grâce à l’accompagnement du projet, elle a développé une activité d’élevage en complément de la cacaoculture. À travers des formations et un accompagnement adaptés, cette activité supplémentaire contribue à stabiliser ses revenus et à renforcer la résilience de son ménage.
Le changement n’est pas spectaculaire, mais il représente une avancée progressive vers une plus grande sécurité économique.
Ce que cela signifie pour la pratique du développement
L’expérience en Côte d’Ivoire met en évidence un enseignement important pour les praticiens du développement travaillant dans les chaînes de valeur agricoles.
Les initiatives visant à améliorer les revenus des producteurs se concentrent souvent sur un seul levier — par exemple l’augmentation de la productivité ou la hausse des prix au producteur. Pourtant, la réalité des ménages agricoles est bien plus complexe.
Soutenir l’atteinte d’un revenu décent nécessite donc de combiner différentes approches et de les adapter aux conditions spécifiques de chaque ménage. Cela implique de reconnaître la diversité des producteurs, de concevoir des mesures d’appui flexibles et de travailler dans une perspective de long terme.
La différenciation, la flexibilité et la coordination entre les acteurs du secteur apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour progresser vers des moyens de subsistance durables dans les communautés cacaoyères.
Contacts
- Karidja Konate — Spécialiste communication, projet Pro-Planteurs
- Johanes Agbahey — Responsable du projet Pro-Planteurs