Ce qui fait fonctionner les chaînes d’approvisionnement responsables en pratique

Des projets pilotes menés en Afrique montrent comment partenariats locaux, outils concrets et engagement à long terme permettent de construire des chaînes de valeur agricoles durables.

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  • Comprendre comment la diligence raisonnable peut être mise en œuvre concrètement, depuis l’évaluation participative des risques jusqu’aux mécanismes de réclamation ancrés dans les réalités locales.

  • Découvrir comment la traçabilité numérique et les systèmes de données ouverts peuvent améliorer la transparence des chaînes d’approvisionnement, tout en restant adaptés aux contextes locaux.

  • Identifier pourquoi les approches sensibles au genre, la participation des acteurs locaux et les partenariats à long terme sont essentiels pour des chaînes de valeur agricoles résilientes.

Couverture du rapport ⎮ Photo : © GIZ

À quoi ressemble la diligence raisonnable lorsqu’elle est appliquée sur le terrain ? Des projets pilotes menés dans plusieurs chaînes de valeur agricoles africaines montrent comment des approches participatives, des outils numériques et des initiatives sensibles au genre peuvent renforcer la durabilité des chaînes d’approvisionnement.

Mettre en pratique les engagements en matière de diligence raisonnable nécessite des solutions adaptées aux réalités locales et ancrées dans l’expérience du terrain. Les projets pilotes soutenus par le Fonds de diligence raisonnable, un programme de l’Initiative pour des chaînes d’approvisionnement agricoles durables, montrent comment entreprises, agriculteurs et institutions locales peuvent collaborer pour mettre en œuvre des pratiques responsables dans les chaînes d’approvisionnement agricoles.

Le rapport Applied Due Diligence rassemble les enseignements tirés des treize premiers projets financés par cette initiative. Il montre comment les principes établis dans les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme ainsi que dans les lignes directrices de l’OCDE peuvent être traduits en pratiques concrètes dans les chaînes d’approvisionnement.

Si le rapport adopte une perspective mondiale, de nombreux projets ont été mis en œuvre dans des pays africains, notamment en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, en Éthiopie, en Ouganda et au Malawi. Cet article met en lumière quatre études de cas illustrant différentes approches pour renforcer la diligence raisonnable dans les chaînes de valeur agricoles.

Intégrer la diligence raisonnable dans les réalités des chaînes de valeur

En Égypte, un projet a développé un outil participatif d’analyse des risques afin d’identifier les principaux défis dans les chaînes d’approvisionnement agricoles et d’intégrer plus efficacement la diligence raisonnable dans les processus des entreprises. Les enjeux identifiés incluaient notamment la sécurité au travail, le travail des enfants et les inégalités de genre.

À l’époque, les entreprises ne disposaient pas d’outils adaptés pour mener des évaluations participatives sur site avec leurs fournisseurs tout en tenant compte des facteurs multiples pouvant conduire à des impacts négatifs. Grâce à une approche itérative combinant recherches documentaires, visites de terrain et entretiens avec des responsables, des travailleurs et des agriculteurs, la norme d’audit WÉCareAgri a été développée.

Cette norme traduit les codes de conduite des entreprises en indicateurs mesurables et fournit des modèles pratiques pour la collecte de données et la planification d’actions correctives. Les outils développés sont accessibles publiquement pour les audits dans le secteur agroalimentaire.

Le projet a également conduit à des améliorations concrètes sur le terrain, notamment pour protéger les travailleurs lors des vagues de chaleur grâce à l’installation de ventilateurs, de systèmes de climatisation et d’espaces de repos.

Une leçon importante se dégage : les audits ne produisent des changements durables que lorsqu’ils sont intégrés aux processus existants de l’entreprise, tels que la sélection des fournisseurs basée sur les risques et les visites régulières sur site. La qualité des relations commerciales et un dialogue constant jouent également un rôle essentiel.

Participation, technologie et confiance dans la transformation des chaînes de valeur

En Sierra Leone et en Éthiopie, des projets dans les chaînes de valeur du cacao, de l’avocat et du café se sont concentrés sur l’amélioration de la gestion des données dans les chaînes d’approvisionnement. Des systèmes d’information insuffisants rendaient difficile l’identification des risques et pouvaient même décourager l’approvisionnement dans certaines régions.

Pour répondre à ce défi, les partenaires du projet ont développé une plateforme open source d’intégration des données accompagnée d’un tableau de bord permettant aux entreprises européennes de répondre aux exigences de diligence raisonnable, notamment en matière de déforestation et de revenu vital.

La plateforme centralise les données de durabilité et s’appuie sur des normes reconnues telles que Fairtrade ou Rainforest Alliance. Grâce à ce système, plus de 22 000 agriculteurs ont été connectés numériquement aux marchés, suscitant un intérêt croissant parmi les entreprises engagées dans la durabilité.

Cependant, la mise en œuvre a également révélé plusieurs défis. Le faible taux de réponse aux enquêtes a montré l’importance d’impliquer les parties prenantes dès le départ. La volatilité du marché du cacao a également rendu difficile la mise en place d’incitations financières durables pour les agriculteurs. Par ailleurs, l’absence de données ventilées par genre a limité la capacité à concevoir des interventions inclusives.

Ces expériences montrent que les outils numériques peuvent renforcer la transparence et la durabilité des chaînes d’approvisionnement, mais seulement s’ils restent flexibles, participatifs et étroitement liés aux réalités locales.

Dans le secteur du cacao en Côte d’Ivoire, les mécanismes de réclamation mis en place par les entreprises atteignaient rarement les petits exploitants agricoles et exigeaient souvent que les plaintes soient signalées à plusieurs reprises. Cette situation limitait leur efficacité et décourageait leur utilisation.

Le projet a donc exploré la mise en place d’un mécanisme de réclamation accessible, co-créé et compatible entre différentes entreprises. Une étude de faisabilité a été menée avec la participation d’agriculteurs, de coopératives, de groupes de femmes, de chefs de village et d’autorités locales.

Plutôt que de créer une nouvelle structure parallèle, le système proposé s’appuie sur les structures existantes au niveau des villages et des coopératives. Les plaintes pourraient être transmises aux entreprises par différents canaux, notamment par l’intermédiaire de points focaux dans les villages ou via des options de signalement par téléphone, permettant également de préserver l’anonymat.

Un mécanisme de supervision indépendant est envisagé afin de garantir la transparence du système. L’étude a confirmé la pertinence et la faisabilité de cette approche et recommande une mise en œuvre progressive, commençant par une phase pilote avant une éventuelle extension à plus grande échelle.

La principale leçon est que les mécanismes de réclamation doivent être ancrés dans les réalités culturelles et fondés sur la confiance. Les activités de sensibilisation et le renforcement des capacités sont essentiels pour encourager leur utilisation. Dans le même temps, ces mécanismes ne peuvent pas, à eux seuls, résoudre des problèmes systémiques tels que le travail des enfants ou la déforestation. Ils doivent être intégrés dans des stratégies plus larges de prévention et d’amélioration des moyens de subsistance. Dans ce contexte, la collaboration à l’échelle du secteur, facilitée par des acteurs neutres, s’est révélée essentielle pour aligner les intérêts et instaurer la confiance.

Au Malawi, l’absence d’une chaîne de valeur d’arachides certifiée biologique limitait l’accès des agriculteurs à des marchés à plus forte valeur ajoutée et réduisait la transparence au sein de la chaîne d’approvisionnement.

Le projet visait à établir une chaîne d’approvisionnement biologique intégrée tout en renforçant délibérément la participation économique des femmes. Dans le cadre du modèle « Grown Farm Incubator », les agriculteurs ont reçu des intrants préfinancés, des technologies d’irrigation ainsi que des formations sur les pratiques agricoles biologiques et la gestion d’entreprise.

Des composantes sensibles au genre ont été intégrées dès le départ, notamment des formations en gestion financière adaptées aux femmes, des mesures visant à renforcer leur confiance et des espaces de participation dédiés.

Bien qu’une saison sèche sévère et une infestation de ravageurs aient limité la croissance des revenus, le projet a permis de former 100 agriculteurs, dont 60 femmes, et d’initier un processus de certification biologique.

Les femmes ont accédé à des rôles de leadership, ont agi comme formatrices auprès de leurs pairs et sont devenues plus visibles dans les processus décisionnels au sein des communautés. Les participants masculins ont également reconnu de plus en plus les contributions des femmes.

Cette expérience montre que l’égalité de genre ne se produit pas automatiquement grâce à l’intégration au marché. Elle nécessite une conception intentionnelle, des ressources dédiées et un engagement à long terme. Lorsque les femmes ont accès aux connaissances, aux ressources productives et aux postes de responsabilité, les chaînes d’approvisionnement deviennent plus inclusives et plus résilientes.

Des enseignements des projets à la transformation des systèmes alimentaires

Pris ensemble, ces projets mettent en évidence une conclusion essentielle : la transformation des systèmes alimentaires ne peut être imposée de l’extérieur. Elle doit être co-créée avec les agriculteurs, les coopératives, les entreprises et les institutions locales.

Les évaluations des risques doivent être adaptées aux contextes locaux. Les outils numériques doivent rester centrés sur les besoins humains. Les mécanismes de réclamation doivent s’appuyer sur la légitimité des structures locales. Et l’inclusion des femmes dans les chaînes d’approvisionnement nécessite des efforts délibérés et un engagement à long terme.

Ces expériences montrent que des chaînes d’approvisionnement agricoles responsables ne se construisent pas uniquement par la conformité aux normes. Elles reposent sur la confiance, la collaboration et un apprentissage continu entre tous les acteurs de la chaîne de valeur.

Documents supplémentaires

Contact

Johannes Luderich, Coordinateur, Fonds de diligence raisonnable, johannes.luderich@giz.de

Prochaines formations

Farmers, cooperative representatives and project partners discussing sustainable agricultural practices during a workshop.
Formation SASI 2025 ⎮ Photo :© GIZ

Les participants acquerront des connaissances techniques et pratiques approfondies sur les thèmes suivants :

  • Gouvernance dans les chaînes d’approvisionnement agricoles / Smart Mix
  • Forêts et déforestation
  • Les réglementations allemandes et européennes en matière de diligence raisonnable, y compris l’EUDR et la CSDDD
  • Revenu vital et salaires décents
  • Traçabilité numérique et surveillance par satellite
  • Approches systémiques plus larges

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Plus d’informations générales sur la formation SASI ici.

Contact: Andrea Bruestle, andrea.bruestle@giz.de, OE 510, Sector Project Sustainable Agricultural Supply Chains (SV NA)

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